Mode d'emploi détaillé : de la construction du dossier à la requête
Pour engager cette action, le créancier doit remplir un formulaire Cerfa spécifique selon la nature de la créance : le n° 12948*06 pour saisir le tribunal judiciaire, ou le n° 12946*02 pour saisir le tribunal de commerce.
Ce formulaire doit impérativement être accompagné de toutes les pièces justificatives prouvant l'existence et le montant de la dette, telles que les factures, les devis signés ou les contrats de bail.
Une nouveauté jurisprudentielle majeure vient par ailleurs faciliter cette démarche puisque la Cour de cassation, dans un avis rendu le 25 septembre 2025 (Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 25 septembre 2025, 25-70.013, Publié au bulletin), a définitivement clarifié que la procédure d'injonction de payer échappe totalement à l'obligation de tentative préalable de résolution amiable (médiation ou conciliation) imposée par l'article 750-1 du Code de procédure civile, et ce, y compris pour les petits litiges portant sur un montant inférieur à 5 000 euros.
Une fois la requête dûment déposée au greffe, le magistrat l'étudie sur pièces.
S'il l'estime justifiée, il rend une ordonnance d'injonction de payer.
Depuis le Décret n° 2021-1322 du 11 octobre 2021 relatif à la procédure d'injonction de payer, aux décisions en matière de contestation des honoraires d'avocat et modifiant diverses dispositions de procédure civile, cette ordonnance est directement revêtue de la formule exécutoire dès sa rédaction, évitant ainsi au créancier de devoir formuler une nouvelle demande de certificat de non-opposition après les délais de contestation.
Bien que l'utilisation des formulaires administratifs Cerfa facilite les démarches, il est tout à fait possible, et souvent recommandé pour les créances complexes, de recourir à une requête personnalisée rédigée sur papier libre par un avocat.
Point de vigilance : la signification et le nouveau délai couperet de 3 mois en 2026
Que la procédure soit initiée par un avocat ou via un formulaire, le dépôt n'est recevable qu'accompagné d'un dossier probatoire solide.
Quant aux pièces elles-mêmes, vous devez fournir :
- L'engagement contractuel signé par le débiteur (bon de commande, devis accepté, contrat de prestation, bail).
- La copie intégrale des factures restées impayées.
- La copie de la lettre de mise en demeure préalable ainsi que son accusé de réception postal, prouvant la tentative infructueuse de recouvrement amiable.
Dans le cas spécifique d'une créance commerciale reposant sur un effet de commerce (lettre de change ou billet à ordre), la production de l'original du titre au greffe est impérativement exigée.
L'étape la plus critique intervient juste après l'obtention de l'ordonnance, soit sa signification formelle au débiteur par l'intermédiaire d'un commissaire de justice.
C'est précisément sur ce point que le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 a profondément bouleversé les règles du jeu pour toutes les ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026.
Une ancienne tolérance a disparu, à savoir que le délai maximal accordé au créancier pour faire signifier l'ordonnance a été drastiquement réduit de six mois à trois mois. Si ce délai de trois mois est dépassé d'un seul jour, l'ordonnance devient purement et simplement non avenue (caduque), ce qui oblige le créancier à reprendre toute la procédure à zéro.
Cette étape de signification est d'autant plus indispensable qu'elle produit un triple effet juridique :
1) elle équivaut à une citation en justice,
2) elle interrompt le délai de prescription de la créance (qui s'élève à 5 ans entre deux professionnels et à 2 ans face à un consommateur),
3) et elle fait courir le délai d'opposition du débiteur.
L'article 1422 du Code de procédure civile prévoit que l'ordonnance ne produit les effets d'un titre exécutoire qu'à l'expiration des causes suspensives d'exécution et d'un délai de deux mois suivant la signification. Le texte ajoute qu'à défaut d'avis d'opposition du greffe dans ce délai de deux mois, le créancier peut poursuivre l'exécution forcée.